S’opposer créativement requiert absolument une absorption créative. Autrement, cela tourne rapidement au vinaigre, c'est-à-dire en une réaction émotive virulente à une forme ou à un concept qui semble totalement différer en substance et devient alors la source émotive de la contestation.
Cette contestation est la résultante de la perception et de l’interprétation de l’ego qui regarde à travers les voiles subtils créés par son englobement dans une conscience polarisée qui crée malgré lui l’attachement émotif à la forme de sa propre conceptualisation. L’ego perçoit cette opposition comme étant une attaque directe à son identité ou à son territoire.
L’intention vertueuse d’une opposition créative peut devenir très rapidement de la contestation subjective si l’ego est impuissant à absorber créativement une opinion qui diffère de la sienne. N’être que dans la connaissance virtuelle du concept de l’opposition créative n’est pas suffisant pour activer cette réalité dans la matière et peut immédiatement amener l’ego à revivre ses bonnes vieilles habitudes et les guerres de personnalité et de territoire qui s’ensuivent.
L’ego doit être en mesure de passer à l’action et d’expérimenter suffisamment avec ce concept avant de prétendre qu’il le vit réellement. Premièrement, en absorbant créativement et par la suite s’il le voit différemment, s’y opposer de façon créative en informant son interlocuteur d’une vision différente des choses et non en lui imposant.
Le problème de l’ego involutif c’est que d’un côté, il croit qu’il se suffit à lui-même et est toujours dans l’illusion qu’il n’a pas besoin des autres et d’un autre côté, il est inconsciemment lié de façon émotionnelle au collectif.
Ce n'est pas toujours évident de s'opposer sans avoir recours à la pulsion énergique et émotive pour supporter notre idée. L’ego involutif y puise sa volonté depuis très longtemps.
Il n'est pas facile aussi de recevoir une opposition sans se défendre, qu'on ait raison ou non. On tombe rapidement en mode défensif.
C'est alors qu'il faut s'en tenir aux faits vérifiables et de garder les présomptions dans le domaine du spéculatif, même si cela semble cohérent. La théorie de l'un est aussi valable que celle de l'autre à ce moment, en ce sens qu'on se doit d’être en mesure de donner de la corde même si on n’a pas la même opinion.
Il y a un piège entre autres qui est celui d'avoir un préjugé (idée préconçue réelle ou non) envers un individu et qui embrouille notre perception de l'évènement. Il faut savoir discerner ce qui appartient à l'évènement et ce qui appartient à l'individu, ce n’est pas si évident, surtout lorsqu’on sent la remise en question notre territoire, c'est-à-dire notre jugement, nos capacités, notre valeur, etc.
C'est à cet instant que la personnalité de l'individu transparaît et devient visible à ceux qui ont les yeux exercés.
Tôt ou tard, cela doit devenir évident pour l’ego. S’il veut activer l’expression de son savoir sur l’opposition créative, il doit au moins être ouvert à réaliser le fait de sa propre inexpérience à absorber cette opposition créative avant de croire qu’il manifeste réellement celle-ci. Sinon, il risque de toujours demeurer dans la théorie virtuelle de ce genre d’interface et de continuer à manifester de l’opposition compulsive au lieu d’une opposition réellement créative. Encore une fois, il est crucial pour l’ego de se situer réellement là où il est. C’est pour cela que ce n’est pas chose facile à cause de la perception psychologique ou virtuelle de l’ego polarisé.
Il ne faut pas oublier que la preuve est toujours dans l’aspect polarisé de la réaction de l’ego qui se manifeste. Il est absolument évident qu’il doit, au début, absorber l’opposition et ce, qu’elle soit créative ou compulsive et s’en servir comme tremplin pour amener ce genre d’interfaces interpersonnelles à devenir créatives, donc intelligentes.
Opposer pour protéger son territoire est toujours lié à une conscience anti homme, donc involutive.
Charles Sabourin