Le labyrinthe intellectuel
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La grande valeur qu’accorde l’ego à sa capacité intellectuelle est un des derniers pièges qu’il subit pour l’empêcher d’accéder à son identité réelle. En fait, c’est le plus subtil et le plus occulte.
Parce qu’il détient un fort intellect, l’ego pense qu’il peut facilement englober les principes d’une conscience et d’une intelligence qu’il perçoit comme similaires à l’intelligence intellectuelle dont il se gargarise constamment.
Impuissant à se départir de cette tendance constante à se valoriser, cette prédisposition procure à l’ego une impression de supériorité qui renforce continuellement cette habileté intellectuelle. L’ego, ainsi dupé par le voile de sa conscience psychologique, croit qu’en connaissant tout ce qu’il y a à connaître sur cette conscience supérieure, il peut ainsi en englober les principes et les intégrer.
Ce qu’il doit réaliser, c’est que cette surcapacité intellectuelle a été bâtie à travers une compulsion constante à se valoriser, c’est-à-dire qu’elle a été créée de toutes pièces par une programmation qui le chevauche. Tant et aussi longtemps qu’il subit cette compulsion, il demeure dans l’illusion de la valeur de sa personnalité et se maintient ainsi dans une trame involutive.
Il se fixe alors dans l’illusion profonde de penser qu’il peut vivre et intégrer cette nouvelle conscience virtuellement, sans jamais la matérialiser. Tout comme jadis la croyance et la foi remplissaient le vide de son ignorance, il doit réaliser qu’il ne s’agit pas simplement de se remplir de connaissances pour réellement se sentir en valeur.
L’être réel, ce que l’ego involutif appelle le double, doit se matérialiser pour être en puissance créative, c'est-à-dire qu’il doit construire entièrement cette nouvelle identité. L’ego ne peut matérialiser celle-ci qu’en neutralisant la programmation qui maintient l’identité involutive représentée par sa personnalité.
Le problème avec l’ego qui détient cette sorte de surcapacité intellectuelle c’est qu’il se fait prendre par un grand sentiment de dévalorisation à propos d’une sorte d’intelligence qu’il sait malgré tout qu’il n’a pas. Ce sentiment constant de dévalorisation l’incite toujours à se valoriser compulsivement à travers l’accumulation de formes de connaissances.
Ce qu’il ignore c’est qu’il s’interdit lui-même l’accès à cette dimension du réel à travers une surutilisation de la capacité intellectuelle dont il tient tant à cœur. Il doit réaliser que cette faculté intellectuelle s’est développée uniquement à travers une soumission totale et inconsciente à cette programmation qui le chevauche. Par contre, cette faculté n’est pas conçue pour servir l’ego psychologique, mais plutôt pour servir sa personne réelle à travers une nouvelle sorte d’utilisation de cette faculté intellectuelle. Celle-ci devrait donc lui aider à développer une puissance d’observation suffisamment objective pour lui permettre d’observer le réel plutôt que le virtuel subjectif de pensées qui représentent le labyrinthe virtuel dans lequel il s’engouffre.
L’intellect polarisé est la barrière ultime qui sépare l’ego de son identité réelle. Le problème pour l’intellectuel c’est qu’il se valorise de la forme de la connaissance de cette conscience supérieure. Il pense qu’utiliser certains termes plus ou moins savants et nouveaux est suffisant pour intégrer et maintenir un état supérieur de conscience.
Pendant ce temps, il ne peut toutefois intégrer à travers les notions psychologiques de la réalité virtuelle qu’il perçoit. Toutes ces belles théories restent sur un plan psychologique et ne pourront jamais se matérialiser. Par exemple : tant que l’ego perçoit une doublure, un double, il le perçoit, cela va de soi, à partir d’une conscience psychologique. Il doit réaliser que c’est justement cette notion psychologique d’une identité qu’il perçoit sur un autre plan qui le maintient entre autres, subtilement prisonnier du plan psychologique de la forme.
Plus l’ego se crispe le mental à essayer de définir et surtout de communiquer avec son identité réelle (sa doublure) sur cet autre plan, plus il s’enlise dans les profonds labyrinthes de sa conscience psychologique.
Il devra un jour se rendre compte que ces notions primaires ne servent qu’à lui faire vivre une sorte d’initiation, un dédoublement, qui, pendant un certain temps, lui donnera l’opportunité de réaliser où il se situe. Par la suite, il devra réaliser qu’il ne peut commencer à intégrer cette nouvelle identité qu’en faisant éclater la forme de cette perception psychologique.
Pour parvenir à ceci, il devra d’abord réaliser l’illusion de la valeur intellectuelle dans laquelle il baigne, c’est-à-dire cet inlassable attachement émotionnel à une perception psychologique polarisée de la réalité qui est constamment énergisée par une programmation qu’il maintient lui-même inconsciemment en puissance.
Charles Sabourin
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