La survie
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Être dans la survie, c’est ne pas savoir que nous sommes dedans. La survie c’est un peu comme la conscience psychologique, plus nous sommes dedans, moins nous savons comment nous sommes englobés par elle.
Avoir les mécanismes psychologiques pour être en mesure de ne pas trop manquer de choses dans la vie, n’est pas garant de notre immunité contre la survie. Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, la réalité de la vie nous rattrape et notre état réel de survie refait surface. C’est à ce moment que les chocs de vie sont les plus forts et les plus significatifs. Être dans l’ignorance du danger ou du choc imminent, ne nous en garantit pas l’immunité. Au contraire, plus nous en sommes ignorants, plus les chocs sont grands et fréquents.
L’ignorance de notre état fragile de survie est intimement liée à notre lien émotionnel collectif. Plus nous avons un fort lien émotif avec le collectif, moins nous sommes individualisés et plus nous sommes voilés de la pertinence de notre fragilité.
Notre englobement psychologique à travers la polarité est le frère jumeau de l’ignorance que nous avons de l’état précaire, absent de liens réels avec notre environnement. Plus nous désirons évoluer, plus cette partie fragile nous est voilée, car elle est trop évidente et non pertinente au désir d’évoluer.
Quand toutes nos illusions de confort psychologique et matériel sont sorties par la fenêtre, du coup, la préparation ou la force mentale dont nous avons besoin pour être en mesure d’absorber ces chocs, n'est plus présente et nous subissons ces chocs d’une traite, sans analgésique, comme frapper un mur à 100 kilomètres/heure.
Alors, c'est seulement à ce moment que nous parvenons à commencer à réaliser la fragilité de l’état mental et matériel que nous croyons solide et à toute épreuve. Nous réalisons alors, que nous le voulions ou pas, brutalement et sur le moment, la réalité de notre illusion!
Avec tout le confort et l’opulence de la nation américaine, nos voisins du Sud, l’ouragan Katrina frappa la Nouvelle-Orléans. Tous les individus qui vivaient dans cette ville et les environs, reçurent le choc de réaliser la fragilité de leur confort et de leur opulence. Encore aujourd’hui, autant au niveau individuel qu’au niveau gouvernemental, ce choc a des répercussions dans la conscience américaine et ce, pour des années à venir. Des millions de personnes déplacées, certains à l’article de la mort, totalement seuls dans la foule, moribond, devant l’inertie et l’absence de compassion d’autres individus encore sous le choc de sauver leur propre peau, devant l’ampleur de ces évènements, n’ayant aucune autre attache que le lien collectif qui les maintenait dans l’illusion totale de leur sécurité émotionnelle totalement illusoire.
Quand le choc s’exécuta, ces liens collectifs basés sur le voile des émotions, se désagrégèrent au point de l’indifférence, devant l’agonie d’individus qui avant ce choc, ne se sentaient point dans aucune sorte de survie.
Savoir la survie, c’est de réaliser la fragilité de cette sécurité émotionnelle illusoire, créée par des liens collectifs et dictée par une conscience polarisée qui nous voile de la réalité et nous maintient dans l’ignorance.
Commencer à se sortir de la survie, c’est de réaliser, c’est de saisir, que nous sommes constamment arnaqués par cette illusion de confort et d’opulence, et qu’à travers cette croyance, nous maintenons la fragilité de cet état de survie, en énergisant les rouages de notre impuissance à créer les conditions qui pourraient nous en extirper. C’est-à-dire, que le savoir absolu, la vision que nous avons de notre propre fragilité, nous fournira l’énergie nécessaire pour que nous soyons en mesure de manifester une volonté nouvelle, réelle, non soutenue par la polarité.
L’essence même du relationnel est basée sur ce principe. Pour être en mesure de nous maintenir hors de la survie, nous n’avons pas le choix de créer entre nous des relations basées sur l’appréciation mutuelle de l’intelligence et de la volonté individuelle, qui nous donnera une puissance créative suffisante pour nous propulser et nous maintenir hors de l’insécurité et de la survie, ce qui nous permettra d’entrer dans la puissance créative de nos nouvelles alliances.
Charles Sabourin © 1998/2008